Le point marchés de Priorités Patrimoine – Octobre/Novembre 2018

Vision générale

Etats-Unis

Le mois d’octobre a vu les taux longs américains atteindre un pic. En effet, le taux 10 ans a culminé à 3,23%, qui n’avait plus été atteint depuis le printemps 2011. Le président de la Fed, Jerome Powell, avait démontré son optimisme à propos de la croissance économique du pays ainsi que de sa pérennité, sans risque prononcé d’une brusque hausse du taux d’inflation. La publication de bonnes performances économiques combinée à cette intervention a mis les investisseurs en confiance.

Consécutivement à cette hausse des taux, les marchés actions ont subi le revers de la médaille. Cette hausse traduit en effet des conditions de financement moins favorables pour les investisseurs, et l’émergence de zones d’ombres concernant la robustesse de la croissance mondiale a amplifié la correction observée. Si, outre-Atlantique, la croissance reste solide, celle de la zone euro a performé en-deçà des attentes, du fait d’une demande moins forte que prévue au regard des investissements et exportations.

Brésil

L’élection de Jair Bolsonaro au Brésil a entraîné une hausse de 3,9% pour la bourse de Sao Paulo. La nomination de Sergio Moro comme ministre de la Justice et de la Sécurité publique a même permis d’atteindre un niveau jamais atteint auparavant pour la première semaine de mandat du nouveau président. Des mesures fortes ont été promises afin d’avancer vers un renouveau économique du Brésil, mais il reste difficile de parier sur le sens des tendances à venir sur les marchés.

 Chine

D’autre part, la demande domestique chinoise a été freinée, et la croissance de la Chine a enregistré son niveau le plus faible depuis 2009 au troisième trimestre avec un taux de 6,5%, inquiétant les investisseurs. L’endettement important du pays, en augmentation ces dernières années, ainsi que les mesures mises en place par les autorités et destinées à le contrôler ont également contribué à cette perte de croissance. Les exportations de marchandises se maintiennent à niveau, mais les conséquences du conflit commercial entre les deux grandes puissances de ce monde sont redoutées. Le yuan chinois a ainsi subi une dépréciation de 7% par rapport au dollar américain depuis le début de l’été.

Les résultats généraux du troisième trimestre ont également impacté les marchés actions, avec des espérances de croissance revues à la baisse pour un grand nombre d’entreprises.

Europe

Côté Europe, la dette italienne concentre à la fois toutes les attentions et craintes. Le gouvernement de Salvini, dans le but de financer les mesures et réformes promises, a présenté le 15 octobre un budget avec un déficit de 2,4%, que la Commission Européenne a rejeté, chose inédite dans l’histoire de l’Union Européenne. En effet, l’Italie avait promis au cours du mois de juin un taux de 0,8%, largement dépassé donc. De plus, Bruxelles a considéré qu’au vu de la dette italienne, qui culmine à 131% du PIB, niveau le plus haut de la zone euro derrière la Grèce, il n’était pas possible de valider ce budget. L’institution a alors imposé un délai de trois semaines au pays pour réviser son projet de budget 2019. Inflexible, Rome avait initialement annoncé qu’il maintiendrait son budget, mais la menace de sanctions financières l’a poussé a envisager une revalorisation, comme évoqué par des membres du gouvernement.

Pour finir, les différentes banques centrales prévoient de poursuivre la réduction progressive de leur soutien aux marchés pour les mois à venir, entraînant ainsi une diminution de l’accès aux liquidités et donc une potentielle augmentation de la volatilité des marchés.

 

Politiques monétaires

Europe

Le conseil des gouverneurs de la BCE (Banque Centrale Européenne) se réunissait ce jeudi 25 octobre 2018. A l’issue de cette assemblée, le conseil a affirmé qu’il poursuivra sa politique actuelle d’achats d’actifs nets, à une cadence prévue de 15 milliards d’euros par mois jusqu’au terme de l’année 2018.

D’autre part, ses taux directeurs restent identiques à ce jour à 0,00% pour le taux principal de refinancement, 0,25% pour le taux de facilité de prêt marginal et -0,40% comme taux de rémunération des dépôts. Il est prévu que ces taux n’évoluent pas avant l’été 2019, et seront ajustés en fonction des tendances d’évolution de l’inflation afin de tenter de respecter les objectifs fixés.

Etats-Unis

De l’autre côté de l’Atlantique, la Fed a publié ce mercredi 24 octobre le Livre Beige, un rapport construit et publié à huit reprises chaque année faisant état des conditions économiques locales. Il précède comme toujours de deux semaines le Comité de Politique Monétaire (FOMC) et laisse entrevoir les éventuelles stratégies que la Fed pourrait adopter.

Le Livre Beige d’octobre indique une augmentation généralisée des prix durant les derniers mois du fait de celles des coûts des matières premières, elle-même entraînée par la hausse des tarifs douaniers, évoqués à de très nombreuses reprises dans ce rapport. L’association de ces faits et de la hausse des salaires ainsi que de la baisse du taux de chômage observée aux Etats-Unis devrait vraisemblablement encourager la tendance déjà haussière des taux d’intérêts, donc la prochaine réévaluation devrait intervenir avant la fin de l’année 2018.

Japon

La Banque du Japon (BoJ pour Bank of Japan) a communiqué via son gouverneur adjoint au cours du week-end du 20 octobre afin de clarifier sa position. La banque centrale n’a donc à ce jour pas l’intention de mettre en circulation de monnaie numérique (le Bitcoin étant la plus connue), car celle-ci requerrait la suppression de la monnaie fiduciaire (espèces), inenvisageable pour la BoJ au vu de la popularité locale de ce moyen de paiement.

 

Focus marchés actions

Contexte

Les dernières semaines ont vu, comme énoncé précédemment, se creuser une aggravation des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine notamment. Le cours du pétrole était également au plus haut depuis quatre ans et avait enregistré une hausse de plus de 50%, en comparaison avec le cours le plus bas constaté sur les douze derniers mois. Son cours a ainsi pointé au-delà de 86 dollars au début du mois, avant de rechuter et de repasser sous la barre des 60 dollars fin novembre.

D’autre part, les négociations et les conditions de sortie de l’Union Européenne par le Royaume-Uni restent à ce jour très floues et confuses. Pour rappel, le Brexit promulguant la sortie officielle des quatre Etats britanniques, a pour échéance le 31 mars 2019.

Ces problématiques, combinées aux tensions économiques montantes dans les pays émergents pourraient peser sur la croissance. Nous pensons notamment à l’inflation spectaculaire observée dans certains pays d’Amérique Latine comme le Venezuela.

Tendances

Les actifs risqués tels que les actions ont plutôt bien résisté à ces risques malgré un mois d’août compliqué, mais le mois d’octobre a été particulièrement mitigé, avec des hausses conséquentes suivies de fortes corrections en fin de mois et début novembre. Les valeurs les moins volatiles ont été dépréciées dans l’ensemble, comme le dollar par exemple. Le CAC 40 a notamment atteint son plus bas niveau depuis mai 2017. Cette situation est toutefois considérée comme une accalmie qui pourrait durer un peu sur le court terme, en fonction des événements à venir concernant les régions précédemment citées, mais ne devrait pas être déterminante dans l’évolution de l’état général des marchés. L’action Apple est par ailleurs significative de ces dernières semaines, ayant culminé à un niveau inégalé (plus de $232) pour finalement rechuter et enregistrer une correction importante pour ce mois de novembre, conclu par une reprise du cours. A Paris, Altran a notamment bien performé tandis que Amundi ou la BNP ont chuté. Les valeurs décotées (style Value) ont été plus impactées négativement que les valeurs de croissance (style Growth), mais présentent de meilleures perspectives à la hausse à l’avenir.

Durant cette dernière semaine de novembre, Powell, président de la Fed, a déclaré considérer les taux américains “juste en dessous du large éventail d’estimations” de leur point neutre. Une interprétation possible est que les changements dans la politique monétaire américaine pourraient ne pas être aussi rapides que prévus. Les actions US ont rebondi, là où les rendements du Trésor des Etats-Unis ont diminué.

D’autre part, les présidents américain et chinois étaient tous deux présents lors du G20 qui s’est tenu le 30 novembre et le 1er décembre en Argentine. Dans le contexte des tensions commerciales opposant les deux pays, des discussions ont été engagées afin de progresser vers un terrain d’entente,  et il a été convenu d’un gel des hausses des droits de douane en attendant un accord concret. Il est également à noter que le pétrole, qui flirte avec son cours le plus bas, pourrait potentiellement être l’objet d’une reprise, et donc une opportunité à saisir pour les investisseurs.

 

En attendant 2019, nous prévoyons une situation plus complexe pour cette fin d’année et le mois de décembre. La croissance économique retrouvant petit à petit son cours, les politiques monétaires à venir devraient être moins confortables et entraîner une carence de liquidités par rapport aux années précédentes, et de ce fait impacter les marchés des actions, qui pourraient être délaissés au profit des placements obligataires.